Le rôle des politiques fiscales dans la croissance en Afrique subsaharienne
Introduction
Les politiques fiscales jouent un rôle central dans la dynamique de croissance économique en Afrique subsaharienne. Cette région fait face à des défis persistants, tels que des recettes fiscales faibles par rapport au PIB et une dépendance accrue à l’aide extérieure en baisse. Les gouvernements s’efforcent d’élargir leurs assiettes fiscales pour financer les investissements nécessaires à un développement durable, dans un contexte de chocs externes comme les nouvelles taxes douanières américaines.
Des rapports récents de la Banque mondiale et de l’OCDE soulignent que le ratio impôts/PIB reste bas, limitant les capacités des États à soutenir la croissance. Cette situation préoccupe les institutions internationales et les décideurs locaux, qui cherchent à renforcer les systèmes fiscaux pour absorber les chocs économiques et favoriser l’investissement privé.
Développement factuel
Des recettes fiscales insuffisantes pour soutenir la croissance
En Afrique subsaharienne, le ratio des recettes fiscales par rapport au PIB stagne à des niveaux bas. Selon des analyses économiques récentes, ce ratio s’établit autour de 10,8 % dans plusieurs pays, bien en dessous de la moyenne régionale de 18,9 %. Cette faiblesse entrave la capacité des gouvernements à financer les infrastructures et les services publics essentiels à la croissance.
À Madagascar, par exemple, les recettes fiscales ont diminué à 10,9 % du PIB en 2024, après 11,2 % en 2023. Ce niveau reste largement inférieur au seuil de 15 % considéré comme indispensable pour des investissements de base. L’économie malgache croît modérément à 4,2 % en 2024, portée par le secteur minier et le tourisme, mais risque un ralentissement à 3,9 % en 2025 en raison de mesures douanières américaines.
Impact des exonérations et des chocs externes
Les exonérations fiscales généreuses minent les recettes dans la région. La faiblesse des flux commerciaux internationaux pèse également sur le recouvrement des impôts. Au Sénégal, le déficit budgétaire atteint 14 % du PIB, avec une dette publique à 119 % du PIB, poussant le gouvernement à adopter un plan de redressement économique en 2025.
Ce plan vise à rationaliser les dépenses publiques et à rééquilibrer les comptes. Les subventions aux carburants et à l’électricité, comme les 250 millions de dollars annuels à Madagascar, atténuent les pressions inflationnistes mais creusent les déficits. L’inflation sous-jacente reste élevée, à 8,4 % fin 2024 à Madagascar, en lien avec des contraintes structurelles sur les transports et l’énergie.
Efforts de renforcement des capacités fiscales
Les institutions internationales appuient les réformes fiscales pour accroître les ressources publiques. Cela inclut la formation, l’assistance technique et les conseils sur les politiques fiscales. Des pays comme le Maroc et la Tunisie, avec des recettes fiscales à environ 25 % du revenu national, servent de modèles, bien que perfectibles par la digitalisation et l’intégration du secteur informel.
Les recettes non fiscales, issues des ressources naturelles comme le pétrole ou l’or, ainsi que des taxes à la consommation, représentent une source importante. Au Maroc, des initiatives visent à institutionnaliser la collecte de la zakat pour en faire une ressource étatique encadrée.
Malgré les efforts déployés pour accroître les recettes fiscales, le ratio impôts/PIB est resté bas, à 10,8 %.
Banque mondiale
Baisse de l’aide publique au développement
L’aide publique au développement (APD) des pays membres du Comité d’aide au développement de l’OCDE a chuté de 7,1 % en 2024 par rapport à 2023, atteignant 212,1 milliards de dollars. Les prévisions indiquent une baisse supplémentaire de 9 à 18 % en 2025. Cette diminution touche particulièrement l’Afrique subsaharienne, qui recevait 82 % de l’APD bilatérale des principaux donateurs en 2023.
Les coupes affectent les secteurs de la santé et des infrastructures, forçant les États à mobiliser davantage de ressources internes via les impôts. Les besoins de financement des entreprises africaines restent insatisfaits, freinant la croissance.
Croissance tirée par l’investissement privé
Dans plusieurs pays subsahariens, la croissance est soutenue par l’investissement privé et la consommation privée. Le taux d’investissement se compare favorablement à d’autres nations de la région, mais reste insuffisant pour combler le gap de productivité. Les exportations nettes contribuent peu, tandis que les subventions maintiennent stables certains prix, comme ceux des carburants.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre des opportunités, mais son avancement varie. Les réformes fiscales sont cruciales pour en tirer parti pleinement.
Points clés à retenir
- Le ratio impôts/PIB en Afrique subsaharienne reste bas, autour de 10,8 % dans plusieurs pays, limitant les investissements publics.
- Les exonérations fiscales et les chocs externes, comme les taxes douanières américaines, pèsent sur les recettes.
- Les recettes fiscales à Madagascar ont baissé à 10,9 % du PIB en 2024, loin du seuil de 15 % nécessaire.
- L’APD diminue, avec une chute de 7,1 % en 2024 et des baisses prévues en 2025, touchant l’Afrique subsaharienne.
- La croissance repose sur l’investissement privé, mais les besoins de financement freinent le potentiel régional.
- Des réformes, incluant digitalisation et recettes non fiscales, visent à renforcer les systèmes fiscaux.
• Ratio impôts/PIB bas à 10,8 % en moyenne, insuffisant pour la croissance.
• Baisse de l’APD de 7,1 % en 2024, impactant l’Afrique subsaharienne.
• Réformes fiscales soutenues par l’assistance technique internationale.
Conclusion
Les politiques fiscales en Afrique subsaharienne déterminent en grande partie la capacité des États à soutenir une croissance durable. Avec des recettes faibles et une aide extérieure en diminution, les efforts de mobilisation des ressources internes deviennent impératifs. Les exemples de pays comme Madagascar et le Sénégal illustrent les défis budgétaires persistants, tandis que les réformes en cours visent à élargir les assiettes fiscales et à intégrer l’économie informelle. Cette dynamique souligne l’urgence de systèmes fiscaux résilients face aux chocs globaux.


