Les plateformes numériques modifient leurs relations avec les éditeurs
Les grandes plateformes numériques comme Google, Meta et Apple ajustent leurs pratiques vis-à-vis des éditeurs de presse, impactant la visibilité et les revenus publicitaires. Ces évolutions surviennent en 2025 dans un contexte de domination des algorithmes et de régulations européennes renforcées.
Les faits établis
Le secteur numérique français a enregistré en 2025 une croissance globale modeste de 2 %, atteignant 71,2 milliards d’euros, selon une analyse du marché. D’un côté, l’édition de logiciels et les plateformes affichent une hausse de 8,2 %, à 29 milliards d’euros. De l’autre, les services numériques, comme les entreprises de services du numérique (ESN) et le conseil en technologies (ICT), subissent une contraction de 1,8 % et 2,5 % respectivement.
La publicité programmatique, dominée par Google qui contrôle 80 % de l’offre, n’a pas compensé les pertes des revenus traditionnels de la presse. Les éditeurs dépendent des écosystèmes de Google, Apple et Meta pour l’accès aux contenus, les flux d’audience et les revenus publicitaires, comme l’explique Marc Feuillée, directeur général du Figaro.
En parallèle, 82 % des éditeurs français proposent désormais une offre SaaS, qui représente 77 % des nouveaux projets signés. L’intelligence artificielle générative est citée comme un levier de productivité, avec un gain moyen estimé à 12,5 % pour les équipes techniques en 2025.
Le Réseau francophone des régulateurs des médias (REFRAM) a organisé du 1er au 2 décembre 2025 sa première édition du Forum de dialogue entre régulateurs et grandes plateformes numériques, réunissant ses membres pour discuter de ces dynamiques.
Sur le plan réglementaire, le règlement européen DSA (Digital Services Act), applicable depuis le 17 février 2024 à l’ensemble des prestataires de services intermédiaires, impose un socle d’obligations de diligence. Les très grandes plateformes en ligne et moteurs de recherche font l’objet d’un régime plus exigeant, incluant un point de contact unique et, pour les acteurs hors UE, la désignation d’un représentant légal.
Réactions et déclarations officielles
Marc Feuillée, directeur général du Figaro, déclare : « L’audience est là, mais pour la publicité… ça ne s’est pas passé comme prévu. » Il souligne la difficulté pour les éditeurs de trouver leur place dans l’intermédiation des plateformes.
Pour Uni-Médias, la directrice générale indique que les médias doivent « faire rayonner leurs marques sur des audiences qu’on ne retrouve pas sur le print », tout en notant une valeur captée limitée par les éditeurs.
Le Figaro a conclu un accord avec Perplexity, un moteur de recherche à intelligence artificielle, pour une licence d’utilisation de ses contenus. Marc Feuillée qualifie cela de « complémentaire » mais non essentiel, face à des « asymétries absolument spectaculaires » entre éditeurs et plateformes.
Jean-Philippe Couturier, président du collège Éditeurs au sein de Numeum, juge que le marché du SaaS atteint une maturité industrielle. Il anticipe une croissance de 17 % du gain de productivité lié à l’IA générative en 2026.
Concernant les droits voisins, adoptés en France en 2019, aucun tribunal n’a encore statué sur leur calcul pour un éditeur, selon Marc Feuillée, qui pointe un vide juridique pénalisant les médias.
Contexte factuel
Les réseaux publicitaires comme Playwire, Criteo ou Raptive proposent aux éditeurs un accès à la demande publicitaire et des accords directs avec les annonceurs. Ces plateformes offrent une transparence accrue via le real-time bidding (RTB) et des paiements mensuels stables.
Les réseaux affiliés connectent créateurs de contenu et entreprises, payant les éditeurs sur performances ou commissions. Certains, comme APS, appliquent un processus de sélection rigoureux, limitant l’accès aux éditeurs de grande réputation.
En Europe, le DSA marque une rupture en construisant un droit de la conformité des plateformes, avec des obligations graduées selon la taille des acteurs. Cela s’applique pleinement depuis février 2024.
Situation actuelle
Pour 2026, les prévisions de Numeum tablent sur une croissance globale du secteur numérique français de 4,3 %. L’édition de logiciels maintiendra une hausse supérieure à 8 %, tandis que les services devraient renouer avec une croissance positive de 1,4 %, et le conseil en technologies de 1 %.
Les éditeurs continuent de signer des accords isolés avec des outils IA comme Perplexity, sans que cela ne devienne un pilier économique majeur. Le forum REFRAM de décembre 2025 constitue une première initiative de dialogue structuré entre régulateurs francophones et plateformes.
Les obligations du DSA restent en vigueur, imposant aux intermédiaires numériques des mesures de diligence, notamment pour les très grandes plateformes. Aucune décision judiciaire n’a encore clarifié les droits voisins en France.
Le marché publicitaire évolue avec des prévisions adtech pour 2025 soulignant des changements sismiques, bien que les détails précis des ajustements restent en cours d’observation.


