Réformes électorales et contestations politiques en Afrique de l’Ouest
Introduction
L’Afrique de l’Ouest traverse une période de tensions autour des réformes électorales et des processus de transition politique. Plusieurs pays, comme la Guinée, le Bénin et la Côte d’Ivoire, font face à des contestations liées aux modifications constitutionnelles et aux calendriers électoraux. Ces évolutions, souvent supervisées par des juntes ou des gouvernements en place, soulèvent des questions sur la transparence et l’inclusivité des scrutins à venir, dans un contexte régional marqué par des coups d’État récents et des pressions internationales de la CEDEAO et de l’ONU.
Développement factuel
La Guinée et la transition prolongée
En Guinée, la junte au pouvoir depuis le coup d’État de septembre 2021 a prolongé la période de transition jusqu’en 2025. Un accord avec la CEDEAO, initialement prévu pour 24 mois à partir de décembre 2022, a été étendu. Les autorités ont adopté une nouvelle Constitution en septembre 2025, introduisant des changements comme le bicaméralisme avec la création d’un Sénat et une rationalisation des pouvoirs présidentiels.
Le nouveau Code électoral, promulgué le 27 septembre 2025, confie l’organisation des élections à la Direction générale électorale du ministère de l’Administration du territoire. Cette disposition suscite des inquiétudes quant à l’équité du processus. Pour les candidatures indépendantes à la présidentielle, un parrainage par au moins 30 % des maires de 70 % des communes est requis, dans un contexte où les conseils municipaux ont été dissous et remplacés par des délégations nommées par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD), dirigé par le colonel Mamadi Doumbouya.
La dissolution des conseils municipaux et les reports répétés du calendrier électoral ont alimenté les doutes sur la gestion de la transition.
Les reports répétés et le manque de clarté autour du calendrier ont renforcé les doutes de la population et alimenté l’idée d’une gestion unilatérale de la transition par les autorités.
Aissatou Kanté, chercheuse à l’Institut d’études de sécurité (ISS)
Le Bénin après la tentative de coup d’État
Au Bénin, une tentative de coup d’État le 7 décembre 2025 a mis en lumière les tensions autour des réformes institutionnelles. Le pays s’apprête à voter aux élections législatives et communales le 11 janvier 2026, avec une campagne lancée le 26 décembre 2025. La Commission électorale nationale autonome (CENA) supervise le processus, dans un climat marqué par des exclusions de candidats de l’opposition lors de scrutins précédents.
Les autorités présentent ces élections comme une étape pour consolider la démocratie et la décentralisation, malgré les polémiques persistantes.
La Côte d’Ivoire et les législatives imminentes
En Côte d’Ivoire, les élections législatives du 27 décembre 2025 approchent. La Commission électorale indépendante (CEI) a réaffirmé son engagement pour un vote transparent et sécurisé, après un recadrage des règles. Ce scrutin intervient dans un contexte régional de tensions électorales, avec des enjeux sur l’espace civique et les restrictions imposées à l’opposition.
Contexte régional et alertes internationales
De la Côte d’Ivoire à la Guinée, en passant par le Bénin et la Gambie, les échéances électorales génèrent des tensions. L’ONU, via le Bureau pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), met en garde contre les réformes perçues comme exclusives, qui érodent la légitimité des institutions.
L’expérience dans l’ensemble de la région montre que les réformes de gouvernance perçues comme source d’exclusion sapent la légitimité des institutions et nourrissent le mécontentement populaire.
Barrie Freeman, Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS)
La CEDEAO suit de près ces transitions, notamment en Guinée, où le retour à l’ordre constitutionnel est vu comme un test pour la région. Les coups d’État récents dans plusieurs pays ouest-africains accentuent les défis démocratiques.
Points clés à retenir
- En Guinée, la transition prolongée jusqu’en 2025 inclut une nouvelle Constitution et un Code électoral controversé favorisant potentiellement le pouvoir en place.
- Le Bénin lance sa campagne pour les législatives et communales de janvier 2026, après une tentative de coup d’État fin décembre 2025.
- La Côte d’Ivoire vote aux législatives le 27 décembre 2025, avec un accent sur la transparence par la CEI.
- L’ONU alerte sur les risques d’exclusion dans les réformes électorales, de la Guinée au Bénin.
- La CEDEAO supervise les transitions, comme en Guinée, pour restaurer l’ordre constitutionnel.
- Les exclusions d’opposition et restrictions civiques marquent plusieurs scrutins régionaux.
• Transition guinéenne prolongée avec nouvelle Constitution et Code électoral critiqué.
• Tentative de coup au Bénin avant les élections de 2026.
• Législatives ivoiriennes le 27 décembre 2025 sous haute surveillance.
• Alertes ONU sur l’érosion démocratique en Afrique de l’Ouest.
Conclusion stratégique
Les réformes électorales en Afrique de l’Ouest, de la Guinée à la Côte d’Ivoire et au Bénin, s’accompagnent de contestations sur leur inclusivité et leur transparence. Les nouvelles Constitutions, codes électoraux et calendriers prolongés alimentent les débats sur le retour à l’ordre constitutionnel. La CEDEAO et l’ONU appellent à des processus transparents pour préserver la stabilité régionale, alors que les scrutins imminents testeront la résilience des institutions face aux tensions politiques.


