Santé mentale et numérique : nouveaux enjeux
Introduction
Le numérique transforme profondément la santé mentale à l’échelle mondiale et en Afrique. Les réseaux sociaux, l’intelligence artificielle et les dispositifs médicaux numériques génèrent à la fois des pressions inédites et des solutions innovantes. En 2025, des enquêtes et initiatives publiques soulignent une corrélation entre usages intensifs des écrans et fragilité psychique, particulièrement chez les jeunes, tandis que des projets gouvernementaux visent à intégrer le numérique dans la prévention et le suivi des troubles mentaux.
Développement factuel
Les réseaux sociaux et la pression sur la santé mentale
En France, une enquête de la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (MILDECA), réalisée avec Toluna Harris Interactive, révèle une utilisation excessive des réseaux sociaux. Entre 76 % et 94 % des répondants déclarent passer plus de temps que prévu sur ces plateformes pour s’informer, regarder des contenus ou acheter en ligne.
Parmi les personnes déclarant un état psychique fragilisé, 45 % passent plus de trois heures par jour sur les réseaux sociaux, contre 21 % en moyenne. Elles sont 76 % à estimer y consacrer plus de temps que souhaité. Les moins de 35 ans se montrent particulièrement sensibles aux influenceurs : ils sont dix points au-dessus de la moyenne à déclarer que ces contenus influencent leur mode de vie et leur façon de penser.
Les 15-24 ans jugent à 60 % les réseaux sociaux néfastes pour la société, alors que 56 % d’entre eux y passent plus de trois heures quotidiennement.
Notre sondage met en évidence une corrélation entre problèmes de santé mentale et usage intensif des réseaux sociaux.
Dr Nicolas Prisse, président de la MILDECA
L’intelligence artificielle au service de la santé mentale
Au Canada, une recherche de Jeunesse, J’écoute (JJE) menée en 2025 montre que 69 % des jeunes trouvent utile le contenu lié à la santé mentale généré par des outils d’IA comme ChatGPT. Environ 17 % ont utilisé ces outils pour obtenir des conseils en santé mentale. Les répondants apprécient les réponses rapides, personnalisées et offertes dans un environnement sans jugement.
Cependant, JJE insiste sur les limites de l’IA, qui n’est pas humaine, et recommande des règles de sécurité en ligne similaires à celles des médias sociaux.
Initiatives publiques et appels à projets en Europe
En France, l’appel à projets Structures 3.0 – Édition 2025, porté par la Délégation au numérique en santé (DNS) et l’Agence du Numérique en Santé (ANS), cible les enjeux de santé mentale et de bien vieillir. Il vise à déployer des dispositifs médicaux numériques (DMN) dans les établissements et services sociaux et médico-sociaux (ESSMS).
Deux axes sont privilégiés : le bien vieillir à domicile, avec des solutions pour l’autonomie et la prévention des risques, et la santé mentale, incluant le repérage précoce des troubles, le suivi personnalisé et l’accompagnement des aidants. Cet appel s’inscrit dans les Grands Défis 2030.
Les Assises régionales de la Santé 2025 dans le Rhône explorent la montée en puissance de l’IA en santé mentale, un marché en croissance rapide qui impacte déjà les pratiques cliniques.
Événements et tendances à venir
City Healthcare 2025, organisé le 7 octobre à Nantes, réunit acteurs publics, établissements, industriels et startups autour du thème « Le numérique pour soigner : le pari de l’avenir ». L’événement met en lumière des initiatives concrètes pour transformer l’accès aux soins et les parcours de santé mentale dans les territoires.
La Fédération hospitalière de France (FHP) désigne la santé mentale comme grande cause nationale en 2025. Elle met l’accent sur un virage préventif soutenu par des innovations technologiques et numériques.
Le 14e Conseil du Numérique en Santé a réuni près de 300 personnes pour faire le point sur les avancées, dont le financement de 200 millions d’euros pour renforcer la gestion des identités et les usages du Dossier Médical Partagé (DMP).
Contexte africain et tendances mondiales
En Afrique, le numérique émerge comme levier pour la santé mentale, bien que les données spécifiques restent limitées en 2025. Des initiatives comme celles portées par l’Union africaine intègrent l’IA dans la télémédecine pour pallier les pénuries de spécialistes en santé mentale. À l’échelle mondiale, les tendances pour 2026 prévoient une généralisation des agents conversationnels IA pour le pré-tri médical, le suivi thérapeutique et la lutte contre la désinformation en santé mentale.
Ces outils visent l’accompagnement en santé mentale via des notifications, rappels et éducation personnalisée. La numérisation des parcours patients inclut téléconsultations et suivis post-hospitaliers.
La formation des soignants évolue avec des modules sur l’éthique, la data science et l’IA. De nouveaux rôles hybrides émergent, comme les Chief Medical Information Officer (CMIO).
• 45 % des personnes à santé mentale fragilisée passent plus de trois heures par jour sur les réseaux sociaux.
• 69 % des jeunes Canadiens trouvent utile l’IA pour des conseils en santé mentale.
• L’appel à projets Structures 3.0 cible santé mentale et bien vieillir avec des DMN.
• La santé mentale est grande cause nationale en France pour 2025.
• Les agents IA conversationnels se généralisent pour le suivi thérapeutique en 2026.
Conclusion
Les nouveaux enjeux de la santé mentale et du numérique reposent sur une double dynamique : les risques accrus liés aux usages intensifs des réseaux sociaux et les opportunités offertes par l’IA et les dispositifs innovants. Des enquêtes comme celle de la MILDECA et des initiatives publiques en France et au Canada documentent ces tendances en 2025. À l’échelle mondiale et africaine, les efforts se concentrent sur la prévention, le suivi personnalisé et la formation, pour un déploiement responsable du numérique au service de la santé psychique.


